Historique

    

Au printemps de l'année 1938, l'un des meilleurs joueurs de tennis du Canada, Jean Thibault, âgé de vingt-cinq ans, bâti comme un colosse, mesurant environ six pieds, regard franc, cheveux coupés en brosse, renonce à sa carrière sportive pour poursuivre ces études. En 1939, l'Angleterre puis le Canada ayant déclaré la guerre à l'Allemagne, Jean Thibault passe avec grand succès les examens du service d'espionnage. Son entraînement terminé, il reçoit, au printemps de 1940, le pseudonyme d'IXE-13 et s'envole pour l'Angleterre, où une première mission lui sera confiée.

Ces éléments sont mis en place dès le premier fascicule intitulé " le repaire de la mort ". Ce fascicule entame une longue série consacrée aux aventures étrange de l'agent IXE-13, l'as des espions canadiens, titre auquel fait écho la phrase qui clôt presque chacun des épisodes, ne manquez pas de lire, la semaine prochaine, une autre aventure étrange de l'agent IXE-13, l'as des espions canadiens. Série d'espionnage donc, ou qui du moins se présente comme telle. De ce point de vue, la série peut être partagée en deux périodes, la période nazie et la période communiste. La première s'étend du premier numéro au numéro 137.

    

C'est à l'occasion de l'entrée en guerre de son pays contre l'Allemagne que Jean Thibault est devenue l'agent IXE-13, et dès sa première mission il affronte les nazis, repérant et détruisant une base secrète de sous-marin en Méditerranée. Le roman d'espionnage commence donc comme un roman de guerre, et cette conjonction vaudra pour l'ensemble de la première période. Au cours de sa première mission Ixe-13, est aidé par un jeune Marseillais, Marius Lamouche, et fait la connaissance de Gisèle Tuboeuf, Française également, lesquels deviendront ses alliés privilégiés pour le reste de la série. La Canadienne Roxanne Racicot, quatrième membre du quatuor et future épouse de Marius, fera son apparition au numéro 157 " le singe vert ".

IXE-13 aura d'autres alliés, dont certains occuperont une place importante dans la série. Sing Lee, par exemple, est un jeune Canadien d'ascendance chinoise qu'IXE-13 recrute à Vancouver dans le numéro 1 qui a pour titre " la cagoule jaune " et qu'il retrouvera au besoin tout au long de la série. En toile de fond de cette première période, les principaux événements de l'histoire réelle : déclaration de la seconde guerre mondiale, débarquement allié en Normandie, passage du Rhin par les alliés, mort de Roosevelt, mort de Mussolini et d'Hitler, capitulation de l'Allemagne, explosion de la première bombe atomique. La période nazie aura des séquelles au cours de la période suivante sous deux formes principales, la chasse aux criminels de guerre et la lutte au néo-nazisme.

    

La période communiste commence avec le numéro 138 intitulé "espions communiste". Bien sûr, IXE-13 avait déjà dû combattre les russes auparavant, et ce, même lorsqu'ils étaient des alliés. Mais dans "espions communiste", la série se métamorphose. Au commencement de la période nazie en effet, les adversaires d'IXE-13, d'abord diffus (soldats et officiers ennemis, ou traîtres, changeant d'un épisode à l'autre), s'étaient rapidement précisés dès le numéro 7 (non numéroté) " le piège " sous les traits des redoutables Von Tracht, commandant de la garnison berlinoise, et Bouritz, son principal acolyte. Or dans " espions communiste ", Bouritz et Von Tracht renaissent sous les traits des camarades Bourof et Tracko espions communistes, précisément. Nazi ou communiste, l'ennemi est en effet toujours le même.

    

La série IXE-13 se présente comme une série d'espionnage, mais une autre dimension y revêt une importance capitale, celle des aventures amoureuses. Aventures qu'on peut situer a trois niveaux, celui de l'ensemble de la série, celui  d'un groupe limité de fascicule, et celui de fascicule isolés.

Les aventures amoureuses qui se déploient dans l'espace d'un seul fascicule sont fonctionnelles ou non fonctionnelles. En ce dernier cas, elles sont sans influence sur le déroulement de la mission; par exemple, dans le numéro 4 (non numéroté) " l'évasion du dr. Woodbrock ", Marius tombe amoureux de Maria, la fille d'un aubergiste, mais son devoir d'espion l'empêche de l'épouser; après la guerre peut-être..., mais il n'en sera plus question. Lorsqu'elle est fonctionnelle, l'aventure amoureuse influence le déroulement de la mission, ainsi à plus d'une reprise, IXE-13 feint d'être amoureux de Taya, l'espionne chinoise, pour mieux lui échapper.

Dans certains groupe de fascicules, on rencontre des histoires amoureuses complètes en elles-mêmes, dont chaque épisode nous livre quelque élément, parallèlement à l'accomplissement d'une mission d'espionnage. L'exemple le plus caractéristique est sans doute celui de l'aventure entre IXE-13 et Josette Paquin. En vacances, IXE-13 rencontre la sœur d'un ami d'enfance, ils se revoient, sorte ensemble, décident de s'épouser, et ces un télégramme de Gisèle, reçu par IXE-13 au pied de l'autel, qui empêchera la cérémonie d'avoir lieu. La plus part de ces mini-histoires d'amour mettent IXE-13 directement en cause, mais il y a des exceptions; Gisèle par exemple, dans sus a Hitler le numéro 123, épouse Pierre Chabot par commisération, mariage qui se dénouera par la mort du soldat français; plus tard elle sera fiancée à l'avocat Plante, puis au docteur Lalonde; Marius de son coté, avant d'épouser Roxanne Racicot, aura été amoureux de la canadienne Francine Dermont (tuée par les allemands) puis de la petite (négresse) Arkia Boushi.

Mais c'est au niveau de l'ensemble de la série que se situe l'aventure amoureuse par excellence. Dès sa première mission, IXE-13 a rencontré Gisèle Tuboeuf; elle deviendra espionne afin de ne plus se séparer de lui, et leurs aventures amoureuses se superposeront et s'imbriqueront aux aventures d'espionnage pendant presque toute la série. Très tôt, ils s'étaient considérés comme fiancés, mais chaque fois qu'ils avaient voulu mettre à exécution leur projet matrimonial, des contretemps les en avaient empêchés : enlèvement, opposition des chefs, aventure temporaire ou même mariage avec un autre partenaire; sans parler des tergiversations d'IXE-13 qui, s'étant décrété malheureux en amour, avait fait à plusieurs reprises profession de foi de célibat.

    

L'objet de l'espionnage étant essentiellement d'obtenir le maximum de renseignements sur l'adversaire, on ne s'étonnera pas des fréquents recours au déguisement sous toutes ses formes. IXE-13 peut simplement prendre un faux nom pour mener avec plus de facilité une mission, sans cacher sa nationalité et sans changer son apparence physique. Mais souvent, et ici son don pour les langues lui est d'un grand secours, il se fera passer pour un ennemi, c'est le cas dès le premier numéro où il se substitue à un officier ennemi et réussit pendant un certain temps à commander la garnison allemande du repaire de le mort. Parfois l'attaque se précise davantage et IXE-13 prend l'identité d'un ennemi en particulier, quitte à devoir en prendre également l'apparence physique, la chirurgie plastique aidant.

Bien entendu, il est loisible à l'ennemi d'user envers les alliés des mêmes stratagèmes. Dans le numéro 500 " l'imposteur ", le jeu du déguisement fonctionne au maximum : en effet, les communistes ont découvert un sosie parfait de l'agent IXE-13. L'occasion est belle pour eux, en faisant faire des déclarations fracassantes au faux IXE-13, de forcer l'as des espions à venir se jeter dans la gueule du loup.

    

Exotisme et espionnage vont de pair. Même s'il lui arrive d'accomplir certaines missions en sol canadiens, IXE-13, très souvent, est obligé de s'expatrier. Déjà, au cours de la période nazie, la série nous faisait faire le tour du globe, de l'Algérie au Tibet, de l'Allemagne au Sahara, de l'Angleterre au Mexique, sans oublier la Chine, l'Écosse, l'Égypte, et même les États-Unis, qui ne sauraient régler leurs problèmes sans l'intervention d'IXE-13, l'as des espions canadiens, le meilleur espions des Nations-unies. Avec en toile de fond, les événements politiques majeurs de l'histoire réelle (guerre de Corée, mort de Staline, révolte des Mau-Mau, prise du pouvoir de Castro, troubles au Congo, guerre au Vietnam, etc.), la période communiste fait appel au même globe-trotteurisme. Dans le numéro 515 " les masseuses japonaises " nos héros se retrouvent au Japon.

    

Dans le numéro 585 " perdus dans les Alpes " IXE-13 épouse enfin Gisèle Tuboeuf. Le dernier obstacle au mariage de nos deux héros, le périlleux voyage de Gisèle depuis la Suisse jusqu'au Canada, offre plutôt l'occasion de mettre en valeur le courage et la détermination extraordinaire de la jeune femme. Gisèle ne l'oublions pas, est l'espionne par excellence, devenue presque aussi importante qu'IXE-13 lui-même. La plupart des espionnes, tant alliées qu'ennemies, se révèlent d'ailleurs aussi compétentes que leurs homologues masculins. Chez les alliés, aucune ne jouit de tout le crédit d'un chef, puisque la série raconte les exploits d'un héros masculin. Mais Jane, Roxanne et surtout Gisèle sont de grandes espionnes, au qualités morales et intellectuelles remarquables et dont l'intervention est indispensable à la réussite de certaines missions. Dans " perdus dans les Alpes ", l'exaltation du personnage de Gisèle est d'autant plus forte que notre héroïne se tire d'affaires par ses propres moyens, les circonstances laissant IXE-13 dans l'ombre

    

Au cours de la période nazie, la plupart des aventures d'IXE-13 étaient des histoires d'espionnage. Mais ce qui caractérise la période communiste par rapport a la précédente, c'est l'abondance des histoires qui échappent en principe, totalement ou partiellement, à l'espionnage, mettant ainsi l'accent sur la première partie du titre global de la série, les aventures étranges de l'agent IXE-13, l'as des espions canadiens.

Au cours de la période nazie, quelques histoire, du point de vue d'IXE-13, échappaient a l'espionnage et s'apparentaient à de simple aventures; cependant, dans la plupart des cas, l'action de l'agent canadien contrecarrait une mission de l'ennemi et, par ce biais, ces fascicules pouvaient être rattachés à l'espionnage. La même chose vaut pour la période communiste. Mais ce qui caractérise celle-ci, c'est l'apparition de blocs spécifiques de fascicule qui échappent à l'espionnage. Le premier de ces blocs comprend les fascicule où IXE-13, ayant démissionné du Service secret à cause d'un conflit avec son supérieur, le major-général Klyne, prends le statut d'agent libre (agent libre autrement dit aventurier), déclare Roxanne. Certaines de ces aventures pourront avoir trait à l'espionnage, mais marginalement, comme le l'histoire du numéro 602 " victime de la névrose ", qui s'apparente plutôt à une histoire de détective.

    

Le second bloc de fascicule échappant à l'espionnage nous plonge en pleine science-fiction. Science-fiction et espionnage peuvent être conjoints, Comme dans la mission relatives à une invention nouvelle (un rayon de la mort par exemple) qui est habituellement anéantie à la fin de l'épisode, pour ne pas perturber la réalité que nous connaissons. Mais, avec le numéro 650 " les saboteurs du pionnier 1 ", la série (décolle) et va vagabonder dans les planètes, jusqu'au " retour à la terre " numéro 667

    

Les épisodes de la période communiste accusent aussi un changement par rapport aux ennemis privilégiés d'IXE-13. Bourof et Tracko, incapables de neutraliser IXE-13, seront finalement exécutés à cause de leurs échecs répétés. Boris Rouski et Igor Zourine, leurs successeurs, ne connaîtront guère plus de succès. Et parallèlement, IXE-13 aura de plus en plus affaire à des adversaires féminins, Nadia la plus belles femmes de russie, Sonia Lougarine, Nadia Moutchinoff, Natasha Fornieff, Kati Rouska, et même Gisèle, pendant sa période d'agent double. L'adversaire féminin le plus constant, celui qui fait subir à IXE-13 ses pires échecs, celui qui le fascine, c'est cependant Taya. Elle entre en scène dès le fascicule numéro 147 " Taya l'espionne communiste ", et sera encore présente dans la nouvelle série " IXE-13 l'Espion Playboy " publiée par les éditions Pierre Saurel en 1967.

Parallèlement à cette métamorphose de l'adversaire, on peut constater qu'au fil de la série, l'attitude de nos héros à l'égard de l'amour change, à tel point qu'a la fin le sentimental aura fait place au charnel. Au commencement, les règles de la morale catholique étaient dûment respectées; par exemple, s'inscrivant dans un hôtel en pays ennemi comme mari et femme, Gisèle et IXE-13, au détriment de toute vraisemblance, font cependant chambre à part, et plus tard on prendra la peine de nous assurer qu'IXE-13 n'a jamais été l'amant de Gisèle. Par exemple encore, Marius et Francine Dermont seront tout confus d'être obligés de partager la même chambre, et c'est la présence d'un divan providentiel qui réglera le problème.

Vers le milieu de la série, mais avant son mariage, IXE-13 sera l'amant de quelques femmes, mais sans rechercher les aventures, et sans insistance de la part du narrateur. Après son mariage, notre héros voulait, avant tout, demeurer un mari fidèle. Mais peu à peu, l'infidélité s'installe dans la série sous le masque de la contrainte (de l'hypnotisme, par exemple). Plus tard enfin, dans la nouvelle série dont Gisèle et Roxanne seront disparues, IXE-13 et Marius rechercheront ostensiblement les aventures amoureuses, le cœur aura cédé la place à l'épiderme. Or dans cette transformation de l'as des espions canadiens en espion playboy, l'aventure d'IXE-13 avec Taya, la reine des communistes chinois, occupe une position stratégique, celle d'un lieu au-delà duquel les valeurs traditionnelles ne pourront plus être préservées même en apparence. Comment, en effet, peut-on avoir une aventure avec la plus redoutable espionne ennemie sans trahir ni son pays ni la morale religieuse à laquelle on est censé adhérer ? Le numéro 950 " le nouvel allié de Taya ", en démonte un exemple.

    

Note: Ce texte est une reproduction de ce qui a déjà été publier dans le livre:

" IXE-13 Les plus belles aventures de l'as des espions canadiens " Écrites par Pierre Saurel et présentées par Paralique.

Éditions Les Quinze 1981.